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Martes, 28 Abril 2020 15:48

«Les nouvelles stratégies de revendications de l’africanité historique du Maroc»

 

Yassine El Yattioui[1]

 

Sa Majesté le Roi Feu Hassan II avait coutume de citer une phrase devenue célèbre : « Le Maroc est un arbre dont les racines plongent en Afrique et qui respire ses feuilles en Europe » (1) (Le Point, 2014).

En somme, les pieds en Afrique et les yeux sur l’Europe. Ou encore le corps en Afrique mais l’esprit sur l’Europe. La métaphore royale est beaucoup plus ambiguë qu’elle n’y paraît. Elle en dit long sur le complexe africain mais aussi européen du Maroc. Ce n’est pas seulement une question de géographie mais de mentalité aussi. Les Marocains ont souvent regardé vers le nord, au-delà du bras de mer qui les sépare du vieux continent européen. Hassan II se servait de la célèbre métaphore au moment, surtout, ou il aspirait à rejoindre le giron des nations européennes. Rappelons-nous : nous sommes dans les années 80 et le Maroc, qui s’apprête à tourner le dos à l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), l’actuelle Union Africaine (UA), pour un différend politique sur la question du Sahara, rêve de devenir membre de la Communauté Economique Européenne (CEE), ancêtre de l’Union Européenne. Contrarié par l’Afrique, le royaume se tourne vers l’Europe dont il est si proche, selon la métaphore hassanienne de l’arbre africain aux feuilles européennes. Mais la tentative d’européanisation tourne court. L’Europe dit non au Maroc qui dit non à l’Afrique.

Derrière cette contrariété si dure à effacer, on retrouve des séquences d’histoire de l’histoire commune au Maroc et à l’Afrique. Tout n’a pas été oublié, tout n’a pas été complètement mis à plat et examiné avec le recul que nous offre, pourtant, le temps. Un Hamid Chabat, l'actuel secrétaire général du Parti de l'Istiqlal, n’a pas trouvé mieux que de rappeler que la Mauritanie est « marocaine » (2) (Jeune Afrique, 2016). L’homme politique s’appuie sur l’histoire, bien sûr, pour légitimer sa pensée. Mais l’histoire est un fleuve si long qu’il est interminable. Prendre une séquence marocaine, et ignorer d’autres séquences non marocaines, est un parti pris dangereux.

Le retour à l’Afrique n’est pas un slogan mais un chemin à faire. Un chemin nécessaire. Dans « l’Islam au quotidien, grande enquête sur les pratiques religieuses dans le royaume » (3) (El Ayadi Mohammed, Rachik Hassan, Tozy Mohamed, 2007), la majorité des Marocains se disaient, par ordre décroissant : musulmans, marocains, arabes, berbères et pour finir africains. Ou l’africanité comme parent pauvre de l’identité ou du ressenti identitaire du Maroc. Cela donne une idée sur ce fameux chemin qui reste à faire pour restaurer le royaume dans son africanité totale et entière.

Car, dire que le Maroc est un pays africain est une évidence perceptible. Le royaume se trouve bien sûr, sur le territoire africain, alors pourquoi questionner une africanité que la géographie a réglée une fois pour toutes ? Peut-être bien qu’au fond, la question n’est pas de déterminer si le Maroc est africain, mais combien il est africain. La géographie et la territorialité constituent un ancrage réel, une base immuable. Mais c’est le reste, tout le reste (de la religion au commerce, en passant par la politique, la culture et l’indispensable facteur humain) qui fixe le baromètre de l’africanité. Et ce baromètre a toujours été fluctuant, au fil des années, pour ne pas dire des siècles.

L’économie, facteur de liaison permanente entre le Maroc et le reste de l’Afrique.

Sur le volet économique, le Maroc a entrepris de nombreuses réformes afin de réussir son intégration dans l’économie mondiale en général- et africaine en particulier- dans le but de diversifier et renforcer son potentiel compétitif en termes d’exportations surtout depuis quelques années sous l’égide de Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Il est également nécessaire de comparer différentes variantes de l’indice des avantages comparatifs révélés du Maroc et de certains pays africains, en considérant l’Afrique comme zone de référence. Il y a également une analyse plus approfondie afin d’étudier les éventuels changements structurels dans la spécialisation ou diversification du commerce du Maroc avec le continent africain.

Quand la diplomatie marocaine s’empare du volet économique.

La diplomatie économique est de plus en plus associée à la stratégie globale de développement. Ce phénomène concerne en particulier les pays en voie de développement qui doivent faire face à de multiples difficultés pour s’intégrer dans l’économie mondiale (4) (Dénécé, 2011). À l’instar de ces pays, le Maroc mise sur sa diplomatie économique pour booster sa croissance économique et équilibrer sa balance commerciale.

La notion de diplomatie économique (5) (Revel, 2011) est relative et difficile à cerner, dans la mesure où elle diffère selon les pays et selon les acteurs impliqués et se définit «non par ses instruments, mais par les problèmes économiques qui lui donnent son contenu. » Dans mon argumentaire, la diplomatie économique englobe non seulement les relations interétatiques, mais aussi les relations qui se tissent entre les États et les autres acteurs de l’économie mondialisée.

Ainsi, plus de 300 accords ont été signés entre le Maroc et les pays d’Afrique subsaharienne durant la dernière décennie (6) (Barre, 2003). Une offensive qui vise à mettre à la disposition des entrepreneurs marocains un cadre juridique et réglementaire leur permettant une percée vers l’Afrique à travers le renforcement des parts de marché acquises et la diversification des débouchés extérieurs.

Est-ce un élément de déclic, une victoire qui conclut un épisode diplomatique parmi d’autres, une normalisation, la réponse à des difficultés conjoncturelles ou tout simplement un booster ?

Le retour du Maroc au sein de l’Union Africaine, quand l’officiel met en lumière les coulisses de nombreuses années de travail officieux de la diplomatie marocaine au sein du continent.

La réintégration historique du Royaume à l'Union Africaine a été entérinée lors du 28iéme sommet de l’organisation panafricaine à Addis Abeba du 30 et 31 janvier 2017, à la quasi-unanimité des chefs d'Etat et de gouvernements africains, sur la base d’un argumentaire on ne peut plus simple: le Maroc est un pays africain, ayant ratifié l’Acte constitutif de l’organisation continentale, déposé ses instruments de ratification.

Ce retour n’est point une nouvelle émergence du pays à l’Afrique comme le montre la longue histoire de ses relations avec l’organisation africaine, depuis le concept initial, jusqu’aux formes qu’elle a prises ultérieurement. En août 1960 déjà, feu le Roi Mohammed V, le grand père du souverain, recevait le Premier ministre congolais Patrice Lumumba qui l’assurait du soutien inconditionnel du Royaume: « Vous êtes du côté du droit et de la justice qui finissent toujours par triompher » (7) (Zamane, 2019). Cette solidarité ne relevait pas des bons mots protocolaires, un vœu extérieur, des paroles de bienséance, une position purement formelle, mais l’expression d’un profond sentiment du pays pour les justes luttes africaines. En janvier 1961, Casablanca accueillait les chefs d’Etats africains qui adoptèrent à l’occasion la charte de Casablanca, prélude à la mise en place de l’OUA, deux ans plus tard, événement auquel le Maroc prit part activement.

Retour sur la sortie du Maroc de l’UA en 1984.

Après la sortie de l’organisation africaine, le Royaume est resté très proche de nombreux pays africains dans des circonstances variées difficiles, leur ami et allié selon le discours d’Addis Abeba. Les liens restés consistants permettaient de tisser des relations bilatérales significatives.

Le Maroc est aujourd’hui le deuxième investisseur en Afrique. A ajouter à cela, la question de la formation perçue comme le cœur de la coopération marocaine avec l’Afrique. Nombre de ressortissants africains ont pu poursuivre des études d’enseignement supérieur au Maroc, grâce aux milliers de bourses accordées.

L’Afrique, n’est pas seulement un positionnement géographique et historique, mais davantage un attachement affectif, humain et spirituel, traduisible en relations de coopération et de solidarité concrètes. Prolongement naturel et profondeur stratégique du Maroc, elle ne peut être qu’au centre de sa politique étrangère.

L’Afrique, point d’ancrage vital de la politique étrangère du Maroc.

Le souverain réaffirme en substance que les richesses de l’Afrique doivent lui profiter : "L’Afrique peut être fière de son potentiel humain, de ses ressources, de son patrimoine culturel, de ses valeurs spirituelles et l’avenir doit porter haut et fort cette fierté naturelle, envisager l'avenir de l'Afrique avec confiance et sérénité, en comptant sur ses propres richesses et les "bras" de ses citoyens. Proposer "modèle de croissance".

Le retour du Maroc au sein de l’Union Africaine marque donc une grande réalisation historique du souverain, d’une portée stratégique considérable sur plusieurs points de vue que l’analyse et la prospection doivent prendre en charge pour les prochaines années.

 

[1] Master en Relations Internationales de l'Université Lyon 3 et Master en Science Politique de l'Université de Lyon 2. Actuellement, doctorant en Science Politique et Relations Internationales à l'Université de Salamanque.

Références bibliographiques.

  1. https://www.lepoint.fr/editos-du-point/mireille-duteil/maroc-cap-au-sud-31-03-2014-1807530_239.php
  2. https://www.jeuneafrique.com/387520/politique/maroc-bourde-de-hamid-chabat-mauritanie-provoque-tolle-diplomatique/
  3. El Ayadi Mohammed, Rachik Hassan, Tozy Mohamed, L’Islam au quotidien. Enquête sur les valeurs et les pratiques religieuses au Maroc, Casablanca, Prologues, coll : Religion et société, 2007, 272 p.
  4. Denécé, Éric. « Diplomatie économique et compétition des États », Géoéconomie, vol. 56, no. 1, 2011, pp. 71-78.
  5. Revel, Claude. « Diplomatie économique multilatérale et influence », Géoéconomie, vol. 56, no. 1, 2011, pp. 59-67.
  6. Barre, Abdelaziz. « Les relations entre le Maroc et les pays d’Afrique subsaharienne », Laurence Marfaing éd., Les relations transsahariennes à l'époque contemporaine. Un espace en constante mutation. Editions Karthala, 2003, pp. 61-88.
  7. https://zamane.ma/fr/le-maroc-gendarme-de-lafrique%E2%80%89/
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