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Martes, 21 Abril 2020 00:13

Quel premier bilan de la gestion de COVID-19 au Maroc ?

Quel premier bilan de la gestion de COVID-19 au Maroc ? https://www.elboletin.com/noticia/185568/internacional/marruecos-declara-el-estado-de-emergencia-desde-este-viernes-y-hasta-nuevo-aviso-por-el-coronavirus.html

Afin de l´anticiper, Mohamed Benchaâboun, ministre de l’Économie et des Finances, a annoncé l’adoption du décret-loi autorisant le gouvernement marocain à dépasser le plafond des emprunts extérieurs pour 2020 permet l’activation pour la première fois de la Ligne de Précaution et de Liquidité.

 

Mohamed Badine El Yattioui[1]

 

L'objectif de cet article est d'analyser comment l'État marocain agit face au Covid-19. Face à une menace pour sa sécurité nationale, la réponse est globale et multidimensionnelle. L'originalité du système de gouvernance du Maroc sera également discutée.

 

Le Coronavirus et la sécurité au Maroc

Le coronavirus nécessitait une réponse globale sur le plan national. De nombreuses décisions ont été prises ces dernières semaines. La fermeture de l’espace aérien et maritime, l’annulation des rassemblements et des manifestations sportives, culturelles et artistiques, la suspension des cours dans les écoles et les universités, la fermeture provisoire des mosquées, la suspension des audiences dans les différents tribunaux, plus la fermeture des espaces publics non nécessaires.

Un fonds spécial a également été créé par le Roi Mohammed VI. Des sommes importantes y ont été allouées. Si 10 milliards de dírhams (1 milliard de dollars étaient espérés, le fonds atteint quasiment les 33 milliards de dirhams soit 3,3 milliards de dollars et 3% du PIB (Maroc Diplomatique, 2020).

En plus des salariés déclarés à la CNSS (Caisse Nationale de Sécurité Sociale) qui bénéficieront d’une indemnité mensuelle de 2000 dirhams, les travailleurs du secteur informel bénéficiant du RAMED (Régime d’Assistance Médicale) recevront entre 800 DH et 1.200 DH par mois, selon la taille du ménage. Les ménages ne disposant pas de RAMED vont également en bénéficier en remplissant leurs demandes à travers une plateforme électronique (Morocco World News, 2020).

D’un point de vue sécuritaire, l’Etat d’urgence sanitaire a été déclaré. La liberté de circulation est donc restreinte depuis le vendredi 20 mars. Quitter son domicile est conditionné par l’obtention d’un document officiel auprès des agents d’autorité pour des conditions précises comme se rendre au travail et pour l’approvisionnement en produits nécessaires ou pour recevoir les soins nécessaires ou pour se rendre en pharmacie. Les mesures prises sont fortes car la situation est grave. Certains parlent de “guerre” contre un ennemi invisible.

Mais comme le disait Clausewitz (Colson, 2016), la chose militaire (et sécuritaire en général) n’a pas de sens en soi ; elle doit s’insérer dans un contexte plus large, à la fois politique, intellectuel et tout simplement humain. En temps de guerre, plus qu’en toute autre occasion, l’Etat, détenteur du monopole de la violence légitime doit voir ses décisions respectées. L’Etat dans sa communication doit faire preuve à la fois de beaucoup de pédagogie et d’une grande fermeté.

Le Royaume vit un élan patriotique inédit depuis la Marche Verte en 1975. Nous traitons d’une question de sécurité nationale, en référence à l’ensemble des menaces et des risques susceptibles d’affecter la vie de la Nation, particulièrement en ce qui concerne la protection de la population ou l’intégrité du territoire et de la nécessité de garantir la sécurité économique qui se caractérise comme la “matérialisation d’une politique d’Etat visant à protéger et à promouvoir les intérêts stratégiques de la nation” (Portail de l´IE, 2020). La mise en avant du concept de “sécurité humaine” est également nécessaire, tel que le définit l’Assemblée générale des Nations Unies dans sa résolution 66/290 (Fonds d'affectation spéciale des Nations Unies pour la sécurité humaine, 2018). Elle “a pour objet d’aider les États Membres à cerner les problèmes communs et généralisés qui compromettent la survie, les moyens de subsistance et la dignité de leurs populations et à y remédier”, et “appelle des réponses axées sur l’être humain, globales, adaptées au contexte et centrées sur la prévention, qui renforcent la protection et la capacité d’action individuelle et collective” (Fonds d'affectation spéciale des Nations Unies pour la sécurité humaine, 2018).

Cette pandémie impose donc une redéfinition des fonctions régaliennes de l’Etat, qui devront être élargies à la santé et à la recherche scientifique. Ces deux dernières doivent devenir des questions de sécurité nationale et de sécurité humaine. La question des masques que nous aborderons ci-dessous en est un bon exemple.

Vers une « géopolitique des masques » ? Quelle place pour le Maroc ?

La pandémie semble profiter à la Chine dans un premier temps. Les Européens et les Nords-Américains sont dans le chacun pour soi. Le cas le plus inquiétant est celui de l’Union Européenne, incapable de fournir une réponse commune.

La Chine fait du masque une arme géopolitique, notamment en augmentant ses capacités de production et souhaite redorer son image par le biais d’une “diplomatie du masque”. L’Iran, la Corée du Sud et le Japon, qui lui en ont fourni des millions, en ont reçu en retour des centaines de milliers (Le Monde, 2020a). Après les fortes tensions mondiales générées par la propagation du coronavirus, le parti communiste chinois semble disposer à agir rapidement.

Mais quid du Maroc ? En état d’urgence sanitaire depuis la mi-mars, le Royaume a pris des mesures fortes. Tout d’abord, le confinement obligatoire, sauf dérogation pour se rendre au travail et la création d’un fond spécifique pour ceux qui ne peuvent pas travailler. Puis la décision d’autoriser l’usage de la chloroquine en milieu hospitalier pour soigner les personnes atteintes du Covid-19 a fait du bruit. Tous les stocks du pays, dont ceux de Sanofi Maroc ont été réquisitionnés par l’État (Le Monde, 2020b).

Enfin, l’usage obligatoire des masques pour sortir faire ses courses ou aller travailler a été instauré. L’industrie textile a reconverti sa chaîne de production en urgence, sur demande des pouvoirs publics. En quelques semaines, la production est passée de 2,5 millions à 3,5 millions par jour. Le prix a été fixé à 0,8 dirham pièce, du fait de l’appui du fonds spécial et le circuit de distribution a été supervisé par l’Etat. Alors qu’en Europe, le débat gronde autour de la production de masques… Moulay Hafid El Alamy, le ministre de l’Industrie, déclare le pays autosuffisant et souhaite passer à une production de 5 millions de masques par jour afin de devenir exportateur (Sputnik, 2020).

Le Maroc se propose donc comme une alternative à la Chine pour les Européens mais aussi pour les Africains. Le Royaume se positionne donc comme un acteur dans la “géopolitique des masques”. Notons que si l’Union Européenne a accordé une aide globale de 15 milliards de dollars destinée principalement aux États africains, dans le cadre de la pandémie (France Info, 2020), les États-Unis sont absents.

Devant le risque de monopole de l’influence chinoise, les incohérences européennes et la vision étroite de Trump, le Maroc peut, à son niveau, jouer avec ses cartes. Ce pays pourrait relancer son industrie et tenter de rééquilibrer son commerce extérieur, dont le déficit était de 18,5% du PIB en 2018 (Le Matin, 2019). Au delà de ce dernier indicateur se pose la question des finances publiques marocaines.

COVID-19, quelles conséquences financières pour l’État marocain ?

La crise engendrée par la pandémie aura forcément des répercussions sur l’économie marocaine dans sa globalité car l’interruption des activités entraîne un manque à gagner immense pour le secteur privé. Mais pas seulement. Les finances publiques seront aussi atteintes du fait de la diminution quasi inéluctable de certaines recettes. Les ressources fiscales qui financent 86% du budget de l’État vont baisser (El Arafi, 2020). La question des dépenses se pose donc mais ce n´est pas la seule.

Afin de l´anticiper, Mohamed Benchaâboun, ministre de l’Économie et des Finances, a annoncé l’adoption du décret-loi autorisant le gouvernement marocain à dépasser le plafond des emprunts extérieurs pour 2020 permet l’activation pour la première fois de la Ligne de Précaution et de Liquidité. Un prêt de 3 milliards de dollars, approuvée par le conseil d’administration du Fond Monétaire International (FMI). Si le Maroc en avait déjà demandé quatre entre 2012 et 2018, il s’est toujours abstenu de les utiliser, leur préférant d’autres solutions sur les marchés financiers internationaux (Jeune Afrique, 2020).

Son but est de permettre au Maroc d’assurer ses besoins en devises (recours à l’emprunt sur le marché international) étant donné qu’un ensemble de secteurs (tourisme, IDE, transferts des MRE) ont été impactés fortement par la pandémie. Sans aucun doute, ce recours à l’emprunt augmentera la dette publique. Rappelons qu’elle atteignait 750 milliards de dirhams fin de 2019, soit 65% du PIB. Par ailleurs, elle pourrait atteindre 82% du PIB en comptabilisant d’autres dettes garanties par l’État, au profit des établissements publics et des collectivités territoriales (Hatim, 2020).

Pour sa part, Abdellatif Jouahri, wali de Bank Al-Maghrib, a révélé que le montant des réserves en devises du royaume est de 24 milliards d’euros; ce qui est “suffisant pour couvrir plus de cinq mois d’importations de marchandises et de services” (La Tribune Afrique, 2020).

Par ailleurs, les principales hypothèses macroéconomiques (croissance, emploi) sur lesquelles s’appuie la loi de Finances 2020 devront être revues et il ne fait aucun doute que la pandémie aura des effets sur l’investissement public. Il sera donc nécessaire de redéfinir les priorités nationales. Par exemple, un soutien important aux secteurs stratégiques, des réaffectations budgétaires au profit de la santé publique. Mais pas seulement. Il faut éviter l’austérité et soutenir à la fois l’offre et la demande.

Ce pays doit en profiter pour mener à bien la réflexion concernant son modèle de développement. Cette dernière a débuté il y a six mois avec la nomination par le Roi d´une commission spéciale (Jeune Afrique, 2019). La crise actuelle devrait lui permettre d´aller encore plus loin dans sa réflexion.

Bibliographie

 

[1] Docteur en Science Politique de l’Université de Lyon (France). Professeur de Relations Internationales et de Science Politique à la UDLAP (Universidad De Las Américas Puebla) au Mexique et à l’Université Jean Moulin Lyon III (France).

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